À l’image de son territoire hostile, les routes américaines le sont tout autant. Car oui,
c’est bien-là le premier effet en foulant cette terre aride, la taille monstrueuse, pour ne
pas dire démesurée, des outils modernes du déplacement urbain. Vous l’aurez
compris, le premier choc n’a pas mis longtemps à se produire… Il aura fallu attendre
le parking de l’aéroport et cette première interrogation, "mais dis-moi D., c’est une
bien grande voiture que tu as là… ?" Erreur fatale, une Volvo break - spécialement
agrandi pour les US - est un jouet. Je découvre ébahi les highways de la métropole et
appréhende craintivement les tentacules qui s’enfoncent dans la ville. Direction le
Sud-Est vers Tempe et Mesa qui constitueront mon univers pendant les semaines à
venir.
Après un bout de chemin (en réalité je suis totalement paumé et incapable de dire où
je suis), je découvre une maison d’architecte originale et très agréable à vivre que mes
hôtes, Mr et Mme D., me font découvrir… pièces et histoire avec plaisir. Le deal est
simple ; je garde la maison ce week-end, pille allègrement le frigo et m’occupe en
échange des trois chiens qui sont les seuls membres de la famille restants en demeure.
Pour l’heure, je vais goûter aux bienfaits d’une douche et dormir ou du moins
somnoler avant d’entamer une nouvelle vie.
Totalement décal(qu)é, j’attaque ces premiers jours aux US – à partir de samedi –
avec entrain et curiosité. Ce week-end est particulier puisque lundi est Veteran’s Day,
autrement un dit un jour férié pour honorer les anciens qui ont courageusement sauvé
la mère patrie du nazisme (et ils y croient à fond !). D’ailleurs, en quittant mon hôtel
de luxe, je découvre un drapeau américain flottant dans "mon" jardin sans même que
je sache d’où il vienne… Personne pour pousser une Marseillaise en signe de
contestation, de toute manière je n’ai pas le temps…
Et je ne suis pas le seul, car voilà à quoi ressemble le trafic un jour comme celui-ci.
Aucune différence avec l’ordinaire, car tout est ouvert tout le temps (durée légale du
travail 40h par semaine) sauf les bureaux d’états, bien entendu (ce doit être une
constante universelle, les fonctionnaires sont des glandeurs !).
Mon agenda est bien rempli, tout le monde s’en doute, entre la recherche d’un toit,
l’administration américaine et les échéances laborantines qui vont très vite s’imposer.
Le problème immédiat est de savoir comment se déplacer… Peux seront surpris, mon
premier investissement est un vélo, aux motifs de la liberté, de l’absence de contrainte
horaire et de la stupidité pour certains ! Avec le recul, je ne vois cependant pas de
meilleur moyen dans l’empressement. Je profite donc de ces premiers jours pour
découvrir, chiner grossièrement l’habitat et me rendre compte que bien que
courageux, je vais galérer et avoir très mal aux jambes.
Mardi, les vraies joies de l’expatrié commence donc. Exister dans un état, où
l’immigration est un problème ingérable avec une frontière sans limites, tirée à la
règle au milieu du désert et une population déjà mexicaine à plus de 30%, est
compliqué. Ma vie dépend d’un numéro qu’il me faut obtenir sans quoi je ne serai ni
payé, ni considéré, ni même convié à rester. Ce St-Graal se prénomme "Social
Security Number". Pas de malentendu, il n’a rien à voir avec notre numéro de SECU
bien à nous ; c’est en fait un historique de crédit que l’on garde toute sa vie, américain
ou pas. Encore plus important que le pétrole apparemment…
Donc direction Downtown-Phoenix où je fais ma demande. Je n’aurai le précieux
sésame que dans un délai de quatre semaines au mieux, ce qui va me coûter très cher.
Malgré tout j’ai vu le centre ville qui est loin d’être comparable à Manhattan. Il faut
savoir que la population locale est opposée à la construction de buildings mais aussi à
celle de nouvelles autoroutes qui pourraient traverser la ville et permettre de fluidifier
le trafic. Je me console avec l’American West Arena, l’antre des Phoenix Suns (une
des équipes phares du championnat NBA)… que je n’ai vu que de l’extérieur, enfin
pour le moment.
Retour dans mon quartier. Mine de rien, quatre jours sont déjà passés, et je n’ai pas la
sensation d’avoir avancé beaucoup. Je commence malgré tout à avoir des repères
autres que les croisements des avenues ; cette étendue citadine et continue devient
familière. Je sens que le rythme des découvertes s’accélère, pas toujours agréables,
mais bon. Je préférerais me savoir installer au prix de quelques efforts, contrairement
à vous dont le seul sera d’attendre la suite…